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Hans Peter Kraus

En 1931, Martin Bodmer prit rang parmi les plus grands collectionneurs en achetant une Bible de Gutenberg sortie des trésors des Tsars de Russie que liquidaient les communistes. La Suisse avait le moins souffert de la Grande Dépression, le franc suisse restait fort, les prix s’effondraient partout ailleurs et Bodmer pouvait acheter à New York, Londres, Paris et Bruxelles pour une fraction du prix qui aurait prévalu quelques années plus tôt. Aux enchères, il rencontrait peu de concurrence. Nombre de ses plus beaux livres furent acquis durant cette période. De plus, il était avisé et patient en affaires, il savait dire non et attendre un meilleur exemplaire ou un prix plus abordable. Habile négociateur, plaidant à l’occasion l’impécuniosité, il obtint par exemple de Rosenbach pour $46 500, au lieu des $85 000 du prix indiqué dans le catalogue, un manuscrit de Chaucer, The Canterbury Tales, dans sa reliure monastique d’origine !

C’est en 1935 que Kraus, jeune libraire à Vienne, reçut sur une simple carte postale une commande de CHF 25 000 pour plusieurs titres, parmi les meilleurs, de son catalogue. Pendant les 20 années qui suivirent (à l’exclusion des années de guerre), les ventes sur catalogue continuèrent par voie postale. Kraus ne rencontra Bodmer à Cologny qu’en 1956.

En 1951, Martin Bodmer réussit à acquérir la fameuse collection Shakespeare de la librairie des frères Rosenbach pour $330 000, particulièrement les quatre célèbres Folios des œuvres complètes et 55 Quartos, ces petites publications originellement vendues pour un shilling à l’extérieur du théâtre. Ce qui fit dire, légende ou réalité ?, à la fille du président Truman, assistant au départ de la collection : « Guillaume Tell a battu Rockefeller ! »



Fondation Martin Bodmer